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Avant de parler de la course, il faut déjà expliquer ce qu’est l’Ultramontée du Salève (non, c’est pas un truc de poivrots).

Il ne s’agit pas ici de partir d’un point de départ pour arriver à un autre, fut-ce le même Et ensuite la course est terminée. Non. C’est un peu moins simple…

Vous savez quoi ? Il y a un Kikourou, LtBlueb, qui a expliqué ça bien mieux que moi. Alors on va pas s’mentir… j’vous copie ici ce qu’il a écrit à ce sujet, dans son récit (que je vous recommande plus que vivement, il est mieux que le mien – cliquez sur ce texte pour aller le lire, vous n’avez pas le choix – et en plus ses photos sont super) :

Revenons donc au concept de cette ultra montée du salève : effectuer un maximum de montées en 6h , sur un itinéraire de 3.2km et 660mD+ .La descente se fait via le téléphérique du salève . Seules les montées complètes sont comptabilisées. Les coureurs ayant effectué le même nombre de montées sont départagés au cumul des temps de montée (le temps de descente n’est pas comptabilisé).

Description de la boucle :
- Départ sur le parking du téléphérique (démarrage du chrono via puce)
- 800 de plat sur bitume
- 2.4km de montée sur chemin parfois assez technique (marches, rochers) comportant une zone de relance de 100m, et quelques replats d’une dizaine de mètres
- 30mètres de plat avant de franchir le point d’arrivée (arrêt du chrono)
- 100 mètres de couloir dans la station du téléphérique avec ravito liquide/solide
- Descente de téléphérique toutes les 6′/7′
- Ravito sur parking en sortie de benne (avec coin pour déposer des affaires)
- 30 mètres à parcourir avant de repasser par la ligne de départ

Bien expliqué hein ?

Alors oui, ça peut paraitre rébarbatif d’enchainer les montées comme ça. Toujours la même… grosso modo de 4 à 8 fois (8 pour les 3 meilleurs).

Mais en fait non. C’est très intéressant. Cela permet de jouer avec une certaine notion de stratégie de course : gérer son effort et la perte de vitesse ça on a l’habitude mais pas des bennes qui risquent de vous filer sous le nez, le temps perdu quand on en rate une et qu’il faut transformer en temps de repos imposé, l’effort assez violent qu’on s’impose toute la montée en sachant qu’on aura à peu près 8 minutes de repos pour la descente, la gestion du ravitaillement différente, aucune descente à faire, la connaissance du parcours qui se fait au fur et à mesure…. Bref, un tas de choses qui rendent cette course très différente des autres et finalement absolument pas rébarbative.

Donc pour ceux qui se poseraient encore la question : non, ce n’est pas chiant. Et oui il faut y aller. Mais pour ça il faudra que je vous laisse la place l’année prochaine et ça…. c’est pas sûr.

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Il a pas une belle tête de winner celui-là ?

En plus il faut noter que l’organisation est vraiment absolument géniale. Tiens. Du niveau du Vulcain. C’est pas peu dire ! Alors oui sans doute que le beau temps m’a aidé à voir tout ça d’un bon oeil… à mon montrer clément aussi (mon coté Famille Royale…). Je ne suis finalement pas trop déçu de ne pas voir pu me doucher à l’arrivée, je ne regrette pas le repas, finalement assez cher (mais c’est pour la bonne cause, la moitié du prix du repas est reversée à une association).

Heu… voilà. J’ai dit tout ce qu’il y avait à dire de mal sur cette course : absence de douche (sans doute corrigé l’année dernière) et repas un poil cher (si c’est pour la bonne cause hein ;-) ). Pour le reste c’est du tout bon. Tout au top.

Je rajoute un truc, mais là l’organisation n’y est pour rien : les chiens. Déjà j’ai peur des chiens… mais ça ils y sont pour rien. Par contre ils sont quand même bien présents sur le parcours et c’est pas toujours pratique. Ca ne me gêne pas de devoir me pousser pour laisser passer un randonneur qui descend, de devoir attendre derrière une famille qui monte tranquillement. La montagne est à tout le monde. Mais le chien qu’on laisse aller où il veut y compris dans vos pieds, en pleine montée, ça j’aime moins. Mais bon… si c’est ça le pire de mes soucis, c’est quand même pas la mort….

Aller, fini de râler.

Le départ se fait sans problème de la maison, à l’heure dite (ce qui est rare avec mes 3 monstres). Il fait beau mais…. je continue de me sentir les jambes un peu lourdes, pas super en forme.

Bon, je suis pas là pour tricoter mais pour voir ce que je peux faire sur une course longue mais « moins roulante » que le Vulcain où je m’étais surpris à faire largement mieux qu’espéré. Alors bonnes sensations avant course ou pas, il faudra tout donner, absolument tout. C’est encore une fois une course-test, avec en point de mire le Tour de l’Oisan.

Direction le retrait des dossards puis le départ où je quitterai Virginie. Elle ira en téléphérique au sommet du Salève pour me voir à l’arrivée de chaque montée et me ravitailler.

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1ère montée – 39’13

Le départ n’attaque pas directement dans la pente. Il y a d’abord les fameux 800m de plat, sur route. Pour cette 1ere montée c’est assez facile, mais je sens que ça ne sera pas toujours comme ça… et j’avais raison. Ce sera même pire que ce que je pensais, par la suite.

La 1ere partie de la montée se fait en compagnie de Jean-Philippe, un des Kikourou avec qui on fait nos sorties du dimanche. Il m’avait prévenu : il n’est pas au mieux de sa forme avec notamment des douleurs au adducteurs. Ca ne ratera pas : il aura rapidement trop mal et devra réduire la voilure. Il est prudent et c’est sans doute mieux comme ça, pas question de se blesser aujourd’hui, il a lui aussi le TOE en méga-objectif cette année. Pour ma part, comme je me sens pas trop mal je continue….

Ayant oublié mon gps à la maison, et donc la possibilité de voir facilement mes temps intermédiaires, j’ai dû me rabattre sur l’Iphone et le chrono intégré. Ca va pas trop mal, mais pas pratique pour le sortir en cours de montée. Je ferai donc toutes mes montées aux sensations et en m’en servirai que pour consulter mes temps de montée/descente.

Bref, cette première montée se passe bien, la découverte du tracé est intéressante et me permet d’ores et déjà de voir ce qui posera problème par la suite.

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Virginie est présente à l’arrivée pour me ravitailler. J’ai le temps de remplir le sac assez tranquillement puis de partir pour la 1ere descente.

2ème montée – 39’15

Belle régularité ! 2 secondes de plus, aux sensations. Ce qui n’est pas bon signe : j’aurais dû mettre un peu plus de temps…. Mais bon. Ca le fait… alors on continue !

Rien à dire de spécial sur cette montée. Virginie est toujours au top coté ravito : elle me fournit une bouteille d’un litre pleine de ma poudre magique + un gel maison (béni soit Aroche, concepteur de ce gel magique !). Je le prend au départ de la benne puis je remplis mon sac avec le précieux liquide. Et je me repose ensuite dans la benne.

A la sortie je jette rapidement mon gel et la bouteille vide dans la poubelle et je file pour la deuxième montée. Ce rituel se répètera pour chaque descente, parfaitement réglé…

Un mot sur ce système de ravitaillement : il est certainement la clé de mon « succès » sur cette course. Je n’ai jamais passé la moindre seconde sur les ravitos. La plupart du temps j’ai sprinté entre le chrono du haut et la benne afin de monter dedans au moment où elle partait. J’ai eu doublement de la chance, à chaque fois : celle de ne pas arriver juste après son départ, mais juste avant, et celle de pouvoir me faire ravitailler de la sorte. Sans assistance extérieure, c’est simplement impossible.

Triche ? On m’a déjà dit que oui. Injuste par rapport à ceux qui sont seuls. Officiellement non, le règlement l’autorise. C’est un système qu’utilisent les grosses machineries, les grosses équipes, les teams… Avec Virginie on en est la version amateur. Mais non moins efficaces !

3ème montée – 40’42

Pour cette 3eme montée, la file des coureurs s’allonge un peu. Les vitesses de course dans le plat commencent à devenir différentes d’un coureur à l’autre. Et là je commence (déjà !) à trouver que ce morceau est dur.

Ayé. Ca commence à devenir dur. Rapide calcul mental : déjà plus de 1200m dans les jambes.

Quelques début de douleurs dans les jambes, mais pour le moment ça va… On continue.

4ème montée – 44’32

Là les choses se corsent. Le plat devient un calvaire. Plus aucun plaisir à parcourir cette portion de bitume, pourtant pas longue.

La montée est dure, très dure : grosses crampes dans les cuisses. Mais j’tiens bon. Et puis… il ne me reste plus que deux montées à faire après celle-là.

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5ème montée – 48’33

C’est le drame : les crampes me prennent dès le plat. J’ai de plus en plus de mal à relancer sur les portions moins en pente. En fait non, je ne relance plus.

Je tente même de limiter les crampes avec des étirements dans la montée. Rapide calcul malgré tout, en montant. A ce rythme, et si j’ai de la chance avec les bennes… je peux tenter 7 montées.

Mais j’ai tellement mal : les crampes sont violentes et surtout (c’est le pire) permanentes. Mes quadriceps sont en permanence contractés. Que je pousse dessus ou pas.

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Dans ce genre de cas il ne faut pas subir. Il faut réagir. Le temps est venu de mettre en place la stratégie de course déjà testée au Vulcain contre ce problème. Je l’ai nommée « la stratégie Rocky ».

T’as mal ? J’ai pas mal… T’AS MAL ?? J’AI PAS MAL !!!!!!

Ca fait très brute épaisse comme ça… En fait ouais, ça l’est. Mais ça marche. Garanti…

6ème montée – 48’41

Sur celle-ci j’ai tout juste limité les dégâts. moins de 10 secondes de plus que la précédente. Malgré tout dans un temps qui n’est pas bon. Depuis la 4eme montée je me suis vraiment écroulé. Parti trop vite sans aucun doute….

Je décide donc de faire le départ moins vite : un coureur m’a rattrapé à chaque fois dans la portion du haut, je partais plus vite. Finalement il aura fait ses montées plus vite que moi. Meilleure stratégie. Je tente donc de ralentir.

Le plat de départ, c’est certain, c’est une torture. Les crampes vont mieux, très curieusement : j’ai bcp bu dans la benne et toute la montée aussi, très peu (une toute petite gorgée) mais très souvent (toutes les 2 ou 3 minutes). A refaire, très efficace. Aucune sensation de tonneau dans l’estomac.

Durant toute cette montée j’ai calculé. Avec beaucoup de difficultés il faut le dire. Une 7eme montée est-elle possible ?

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A l’arrivée je doute très fortement de la faisabilité. Mais Virginie m’encourage, elle n’a que faire des calculs, du chrono. Pour elle une seule chose compte : foncer. Tout donner. Tenter. Possible ou pas. Au moins essayer, pour ne rien regretter. Et elle a raison.

Dès notre entrée dans la benne on se met à papoter avec un autre coureur sur une possible 7eme montée. On doute tout les deux. Sur mon chrono je constate que j’ai mis 49 minutes pour cette 6eme. avec le temps de descente, il me restera moins de 48 minutes pour faire la montée. Impossible me dis-je, faire mieux à la 7eme que sur les deux précédentes….

Bon. Tant pis, Virginie a raison. Il faut essayer, au moins.

7ème montée – 47’38

Le plat, j’en parle même plus. je crampe immédiatement. Horrible. Heureusement j’ai un atout psychologique : tout ça, c’est pour la dernière fois. Dernière fois que je me tape la portion de bitume. Ca motive.

Je met le turbo dès la sortie de la benne. Au moins 8 km/h sur le plat (sans doute moins). Mais je peux pas plus.

Et rebelotte pour cette montée. Cette fois je ne tente plus de gérer quoi que ce soit. De nouveau en mode « Rocky », je cours dès que je peux, relance au max, ne m’arrête pas pour les crampes. On serre les dents.

A croire qu’on essaye de se faire pardonner quelque-chose à s’infliger des souffrances pareilles……..

Et ça paiera : je fais plus d’une minute de mieux sur cette dernière que sur la précédente.

Mais bon. J’aime ça alors on y va !

Je me fais doubler par le 3eme un peu avant la fin de la forêt. Il est encouragé par un paquet de monde qui l’accompagne durant cette montée… Ca me gonfle un peu, non, beaucoup, de les entendre hurler alors que j’essaye de rester dans ma petite bulle et d’avancer… Je crois qu’on devient égoïste quand on fatigue.

Je sors de la forêt. Tout le monde est là à l’arrivée, à scruter l’arrivée des derniers… Les enfants aussi, qui m’encouragent de toutes leurs force. Je suis un peu rude avec Héloïse et lui demande d’aller à l’arrivée pour m’y attendre mais pas de me crier dessus dans ces derniers instants que j’ai envie de gouter seul.

Je ne regarde plus l’iphone pour savoir si je suis encore dans les temps ou pas. Le speaker hurle dans le micro qu’il ne reste que 2 minutes. Il reste un bon bout à faire. Pas long… mais je n’ai plus aucune notion du temps. Me faudra-t-il 1 minute ou 5 minutes pour parcourir ce carré d’herbe ?

Je pousse sur les bâtons, je cours. Enfin non. je marche, mais avec l’impression de sprinter.

J’attaque le béton des derniers mètres en entendant « 1 minute 30″ dans les haut-parleurs ! Cette fois j’en ai la confirmation, je suis passé avant la fin.

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Ha il est content….

1 minute 32 secondes exactement.

Un seul coureur arrivera derrière moi, à 30 secondes de la fin, pour sa 6eme montée. Tout les autres ne verront pas leur dernière montée validée, même s’ils l’ont fait.

7 montées, en 5h08. Pour un score de 1109 au rodiomètre. Soit ma meilleure performance, toute distance, dénivelé, nature de terrain, etc. confondus.

Décidément. Je vais de surprise en surprise… Vivement le Tour de l’Oisan !

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Ouais, il est fatigué…

Une superbe journée, de bout en bout. Avec la rencontre de nouveaux Kikoureurs,le plaisir de papoter pendant la course, dans les bennes. C’était vraiment génial !

Pour finir (c’était un peu long comme CR, ok) je dirai encore une fois MERCI !

Merci à celle qui est toujours là pour tout supporter : les dépenses, le temps passé à l’entrainement, mes coups de sang, mes variations d’humeur, et même pendant les courses pour la logistique et son soutiens sans faille : Virginie, ma femme à moi.

Merci mon amour. Sans toi, tout ça n’est même pas possible en rêve…

EDIT de dernière minute.

Voici un copier/coller de ce que j’ai écrit sur le forum Kikourou, à propos du faible temps que j’ai passé à ne pas courir :

Pour les temps de benne, j’avais un outil indispensable : le team support :mrgreen:

ma femme me faisait accélérer à partir du chrono de fin si nécessaire pour pas rater la benne de descente. j’ai réellement sprinté au moins 3 fois dans le couloir pour que le mec me ferme la porte dans le dos. j’ai failli percuter une fois des VTTistes qui prenaient toute la place… j’suis passé ras les moustaches entre deux pneus, à facile 16/17 km/h. franchement c’était abusé de sprinter de la sorte. mais j’étais pris dans le jeu du « rate pas la benne » :mrgreen:

de plus, cette assistance inégalable m’a permis de me retrouver dans la benne avec un gel et un litre de boisson. je faisais mon ravito/remplissage dans la benne. tout à la poubelle en sortant de la benne. je me suis donc jamais arrêté aux ravitos. au pire j’attendais la benne qui arrivait en remplissant ma poche à eau. mais jamais longtemps…

lors de ces 3 sprints elle m’a donné tout ça en main tel un passage de témoin dans un relais 4 x 100. impressionnant :D

à la sortie… ben du coup je m’arrêtais pas aux ravitos.

je pense qu’on a là l’explication sur les temps de benne si court. si j’avais été obligé de m’arrêter ne serait-ce que 2 fois pour ravitailler en haut ou en bas, c’était mort pour ma 7eme montée (où je n’avais qu’une minute 30 de marge sur les 6h limite, rappelons-le).

Aller…. et de la chance aussi

6 réponses à to “09/04/2011 – Ultramontée du Salève 6h – 7 montées – 5h08”

  • rodio dit :

    C’est de la bonne, on s’y croirait. Bosse en famille, que des qualités ce gonze. Un seul gros mot dans le texte : rodiomètre, sinon c’est du chiadé -;). Top goulu, cet Elcap !

  • Florent dit :

    Le travail d’équipe, c’est la clé.
    Non… c’est le travail en famille qui fait tout : on ait le job sans jamais avoir une pensée négative.

  • Tercan dit :

    Chapeau l’artiste.
    Il me tarde de te (vous) suivre sur le TOE.
    La 7ème montée, tu l’as largement méritée… team ou pas team, avantagé par rapport aux autres ou pas avantagé… il fallait être sacrement couillu pour la tenter alors qu’elle était infaisable.
    Et franchement, c’est dur de prendre plus son pied que quand l’infaisable… est fait non ?

  • Nini dit :

    Beau compte rendu… je ne m’étais pas rendu compte que tu en chiais depuis le départ à chaque fois…

    Pour la dédicace finale, je suis touchée, émue… Je t’accompagne et t’assiste parce que c’est beaucoup de plaisir pour moi aussi. Je suis heureuse de te voir te surpasser, de te voir aller au bout de toi même, de te voir réussir et de t’être utile dans ces moments là :-)

    Bravo à toi et à tous les coureurs et aux kikourou que j’ai eu aussi plaisir à encourager :-)

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